—Seigneur!—s'écria Septimine en fondant de nouveau en larmes,—c'est une cruelle condition que l'esclavage; mais il semble moins dur lorsqu'on le subit avec ceux qu'on aime...
—Le marché est conclu,—dit l'abbé;—Mardochée m'a donné des arrhes, il a ma parole, il attend ici la Coliberte.
En entendant dire que le juif se trouvait près de là, Berthoald tressaillit de nouveau, et ramena le capuchon de son long manteau blanc arabe par-dessus son casque, de sorte que ses traits étaient entièrement cachés; puis, s'adressant au chef des Franks d'une voix précipitée, comme s'il avait hâte de sortir de l'abbaye:—Karl, avant que je te quitte, pour longtemps peut-être, mets le comble à ta générosité envers moi; rends la liberté au père et à la mère de cette pauvre enfant, rachète-la au juif, qu'elle ne soit plus séparée de sa famille. Si elle a été coupable, la pitié seule l'a égarée. Tu vas placer ici des guerriers vigilants; l'évasion du petit prince ne sera plus à craindre. Pardonne à ces pauvres gens et rends-les libres...
Septimine, entendant les paroles compatissantes et émues de Berthoald, leva vers lui son visage, empreint d'une reconnaissance ineffable.
—Sois satisfait; Berthoald,—dit Karl,—relève-toi, ma fille; cette abbaye, où je veux établir mes guerriers, comptera trois esclaves de moins; mais je n'aurai rien refusé à l'un de mes plus vaillants chefs.
—Tiens, mon enfant,—dit le jeune homme en mettant plusieurs pièces d'or arabes dans la main de la Coliberte:—Voilà pour vous aider à vivre, toi, ton père et ta mère. Sois heureuse! bénis la générosité de Karl, et souviens-toi quelquefois de moi.
Septimine, par un mouvement supérieur à sa volonté, saisit la main que lui tendait Berthoald, et, sans prendre les pièces d'or qu'il lui offrait et qui roulèrent sur le plancher, elle baisa la main du jeune homme avec une reconnaissance si passionnée, qu'il sentit ses yeux, malgré lui, mouillés de larmes. Karl s'en aperçut, et cria en riant de son gros rire germanique:—Foi de Marteau! je crois qu'il pleure!... quelle femmelette!
Berthoald profita de ces paroles de Karl pour rabaisser davantage encore le capuchon de son manteau, et cacher ainsi presque entièrement ses traits. Aussi Karl lui dit:—Tu as raison de rabattre ton capuchon sur ton nez: c'est sans doute pour cacher tes larmes?
—Je ne te donnerai pas longtemps le spectacle de ma faiblesse, Karl... Tu m'as dit tout à l'heure: à cheval! Permets-moi de me mettre en route à l'instant avec mes hommes pour l'abbaye de Meriadek.
—Va... mon bon compagnon de guerre, j'excuse ton impatience. Sois vigilant! exerce journellement tes hommes; qu'ils soient prêts, ainsi que toi, à se rendre à mon premier appel, ou peut-être à aller, sous tes ordres, attaquer et dompter enfin ces damnés Bretons, qui, depuis Clovis, résistent à nos armes... Te voilà comte au pays de Nantes, près des frontières de cette Armorique endiablée. Là, ta loyale et brave épée pourra me rendre de tels services, que ce soit moi, Karl, qui devienne ton obligé... Au revoir! Heureux voyage et grasse abbaye je te souhaite, mon vaillant!