—Et je soutiens, moi, que si cette nonne n'est pas Éleuthère, c'est sa sœur... s'il a une sœur.
—Et je vous dis, moi,—ajouta le vieil orfévre avec une impatiente anxiété,—je vous dis, moi, que vous êtes des oisons, et que si vous voulez aller au chevalet faire de nouveau connaissance avec les lanières du fouet, vous n'avez qu'à tenir des propos pareils.
—Mais, père Bonaïk...
—Je comprends qu'en travaillant l'on jase; mais quand les paroles se peuvent traduire en coups de fouet sur l'échine, l'entretien me semble mal choisi. Ne savez-vous pas, comme moi, que l'abbesse...
—Est endiablée, père Bonaïk.
—Encore! Mais vous voulez donc qu'il ne vous reste pas un morceau de peau sur le dos!
—Et de quoi jaser, père Bonaïk, sinon de ses maîtres?
—Tenez,—dit le vieillard, voulant détourner l'entretien qu'il trouvait, avec raison, dangereux pour ces jeunes gens,—je vous ai souvent promis de vous parler de mon illustre maître en orfévrerie, la gloire des artisans de la Gaule, une bonne gloire, celle-là... car elle n'a coûté de sang ni de larmes à personne...
—Il s'agit du bon Éloi, père Bonaïk, l'ami du bon roi Dagobert?
—Dites le bon Éloi, mes enfants, car jamais homme n'a été meilleur; mais ne dites pas le bon roi Dagobert, car ce roi faisait égorger ceux qui lui déplaisaient, et avait un sérail comme en ont maintenant les kalifes des Arabes. Donc, mes enfants, le bon Éloi était né, vers 588, à Catalacte, petite ville des environs de Limoges. Ses parents étaient libres, mais d'une condition obscure et pauvre.