Berthoald, étant arrivé auprès des esclaves, dit à l'un d'eux:—L'abbaye de Meriadek est-elle loin d'ici?

—Non, seigneur; la route de traverse que vous voyez là-bas, bordée de peupliers, y conduit.

—Est-ce un abbé ou une abbesse qui est à la tête de cette abbaye?

—C'est notre sainte dame Méroflède.

—Une abbesse!—reprit Berthoald un peu surpris. Puis, souriant, il ajouta:—Est-elle jeune et jolie, l'abbesse Méroflède?

—Seigneur, je ne sais... je ne l'ai jamais vue que de loin, enveloppée dans ses voiles.

—Si elle s'enveloppe dans ses voiles, elle doit être vieille et laide en diable,—reprit Richulf en hochant la tête.—Mais, réponds, esclave: les terres de l'abbaye sont-elles fertiles? Y a-t-il de nombreux troupeaux de porcs? moi, j'aime fort le porc!

—Les terres de l'abbaye sont très-fertiles, seigneur... les troupeaux de porcs et de moutons très-nombreux. Il y a deux jours, nous avons porté nos redevances à l'abbaye, les colons leur argent, et c'est à peine si le vaste hangar du monastère pouvait contenir le bétail et les provisions de toutes sortes.

—Berthoald,—dit le Frank,—Karl-Marteau nous a généreusement partagés; mais nous arrivons deux jours trop tard: les redevances sont payées, peut-être consommées; nous ne trouverons plus de porcs...

Le jeune chef ne parut pas partager les appréhensions de son compagnon, et dit à l'esclave:—Ainsi, pauvre homme, cette route bordée de peupliers conduit à l'abbaye de Meriadek?