—Vous n'avez qu'à dire que vous venez lui faire des excuses de ce qui s'est passé hier,—dit timidement Godet le puîné.

—Comment! des excuses... de ce qu'il a manqué de m'éborgner? Vous êtes fou, Dieudonné. Je vais au contraire lui déposer ma plainte de son incivilité d'hier; ce sera un moyen d'engager la conversation. Vous allez voir.

Ce disant, M. Godet sortit et frappa à la petite porte.

La sombre figure du domestique du colonel Ulrik parut au guichet.

—Que voulez-vous?—dit-il.

—C'est moi qui, hier, ai reçu...

—Vous en recevrez bien d'autres, si vous y revenez,—répondit le domestique en fermant brusquement le guichet.

M. Godet, désappointé, revint trouver ses complices. On continuait de faire, au café Lebœuf, les suppositions les plus inouïes sur le colonel Ulrik, lorsque cet intéressant sujet de conversation fut interrompu par le roulement d'une voiture qui s'arrêta devant l'hôtel d'Orbesson.

Le colonel rentrait.—Un moment après, la voiture qui l'avait amené ressortit au pas.

M. Godet la suivit; il tenta d'engager la conversation avec le cocher et le chasseur; il n'en put tirer un seul mot, soit que ces gens n'entendissent pas le français, soit qu'ils ne voulussent pas répondre au questionneur.