Sur la cheminée, des pagodes de porcelaine verte à yeux rouges toujours en mouvement; sur le secrétaire de vieux laque, trois générations de chiens-loups blancs empaillés: de graves portraits de personnages des siècles passés se détachaient des boiseries grises.
A la faible clarté que projeta dans cette vaste chambre la bougie que portait mademoiselle Julie, on put voir se détacher du fond de l'alcôve, drapée de damas rouge sombre, la figure jaune et terreuse de mademoiselle de Maran assise dans son lit et adossée à un énorme coussin.
C'était toujours la même robe de soie carmélite, le même manteau de lit, le même tour de cheveux noirs couvrant à demi son front plat et déprimé comme celui d'une vipère; c'étaient toujours ces yeux renfoncés, ardents, et qui, au moment où Servien entra, brillaient d'une indicible rage...
La position de cette femme était d'autant plus affreuse que la paralysie ne lui laissait de libre que le cou, l'avant-bras et la main gauche; le reste du corps était complétement inerte.
Les imprécations qu'elle, se mit à vomir contre Servien et mademoiselle Julie n'étaient donc accompagnées que d'un faible balancement de tête et de quelques mouvements convulsifs de la main gauche.
—Misérable!—s'écria-t-elle en écumant de colère,—affreux scélérat!... C'est donc ma mort que vous voulez, brigand que vous êtes?
Servien s'approcha du lit avec un sang-froid imperturbable pour y déposer son plateau.
Ce silence redoubla l'exaspération de mademoiselle de Maran, qui s'écria:
—Va-t-en... sors d'ici... je te chasse... que je ne te voie plus.
Servien tourna sur ses talons, fit un signe à mademoiselle Julie, et regagna la porte.