Mademoiselle de Maran se mit alors à crier de toutes forces d'une voix chevrotante:—Au feu!... au secours!...

Sa voix, encore affaiblie par l'émotion de la colère, ne parvint pas aux oreilles de ses gens; tout resta silencieux.

La hideuse figure de mademoiselle de Maran devint livide de terreur; la pâle clarté de la bougie qui éclairait sa chambre suffisait à peine pour dissiper l'obscurité qui y régnait. Comme tous les caractères méchants et lâches assaillis par les remords, mademoiselle de Maran avait horreur des ténèbres.

—Au secours!—répéta-t-elle d'une voix épuisée,—au feu!...

Après un moment de profond silence, elle reprit avec désespoir:

—Ils ne viennent pas... je brûlerais... je mourrais... qu'on me laisserait mourir et brûler... Ah! mon Dieu... mourir... c'est affreux de mourir... mourir ainsi seule... sans personne autour de vous... que des valets qui n'attendent que votre agonie... pour vous dévaliser... Mourir... mourir... et après... après... oh! non... après il n'y a rien... il n'y a rien.

A ce moment ses yeux égarés par la frayeur s'arrêtèrent sur le portrait d'une de ses parentes, autrefois abbesse des Ursulines de Blois; cette figure pâle et presque sépulcrale, coiffée d'un camail noir, semblait sortir de son cadre.

Mademoiselle de Maran sentit redoubler son épouvante.

Son isolement, la vue de cette religieuse lui donnèrent quelques idées de piété, que son égoïsme odieux flétrit bientôt.

—Mon Dieu... ayez pitié de moi...—s'écria-t-elle,—j'aurai de la religion... je prierai... je prendrai un aumônier... un confesseur... il ne me quittera pas... il me soignera... il me débarrassera de ces infâmes valets... il les chassera, il me défendra... ça me fera une société... Oui, je vous le jure, mon Dieu! Mais comment l'aurai-je? Ce prêtre... qui l'avertira?... J'aurai beau ordonner qu'on m'en cherche un, ces misérables mépriseront mes ordres... Depuis quinze jours je demande un médecin... ils font exprès de me désobéir... et à qui me plaindre? qui me soutiendra?... je suis seule... toujours seule... Je crois bien... on me hait tant... qui viendrait voir une pauvre vieille femme infirme?... C'était bon quand je donnais des fêtes, ou que je pouvais nuire... Maintenant on ne me craint plus, et l'on m'abandonne... on se venge du mal que j'ai fait... ah! c'est horrible... Mais... j'entends du bruit... une voiture... une voiture s'arrête devant ma porte... Ah! mon Dieu... quel bonheur!... Mais ils ne laisseront entrer personne... ils vont la renvoyer... Non, non, elle reste, on a refermé la porte... Oh! je suis sauvée... si c'était le médecin que j'attends depuis si longtemps! Des pas... oui... oui... j'entends des pas... c'est quelqu'un; Jésus! mon Dieu... c'est quelqu'un...