On entendit en effet des pas précipités, et madame de Lancry, ouvrant violemment la porte, entra chez mademoiselle de Maran, suivie de Servien.


CHAPITRE XIX.

L'ENTREVUE.

—Mathilde, c'est le bon Dieu qui vous envoie!—s'écria mademoiselle de Maran,—venez à mon secours!

—C'est moi, madame,—répondit madame de Lancry éperdue en courant auprès du lit de sa tante;—c'est moi qui viens vous demander de me sauver. Mon mari sera ici tout à l'heure... sauvez-moi, par pitié! sauvez-moi!

Servien disparut.

—Oui... oui... je vous sauverai, mon enfant... mais nous ne nous quitterons plus,—s'écria mademoiselle de Maran.—Vous verrez... oh! vous verrez... je serai aussi bonne pour vous que j'étais méchante autrefois! Mais aussi vous n'abandonnerez pas votre pauvre vieille tante à ses bourreaux, n'est-ce pas? Si je pouvais me mettre à genoux, Mathilde, je m'y mettrais... pour vous implorer... Tout ce que vous voudrez, je le ferai... je vous le jure... Mais ne me laissez pas seule, vous ne savez pas à quelle horrible vie je suis condamnée.

Malgré son effroi, Mathilde ne put s'empêcher d'être frappée des paroles et de l'accent désespéré de mademoiselle de Maran.

—Madame,—répondit-elle précipitamment,—les moments sont précieux. Je viens vous demander ce que vous me demandez vous-même, de ne pas vous quitter... Vous êtes ma plus proche parente. On ne me refusera peut-être pas la permission de rester auprès de vous?