—C'est-il bien vrai, mon Dieu!—s'écria mademoiselle de Maran au comble de la joie et de l'étonnement.—Vous me demandez de rester auprès de moi?

—Oui... oui... madame... tout plutôt que de... Ah! c'est horrible!—dit la malheureuse femme avec angoisse.

Puis elle reprit:

—Mais il a les lois et la force pour lui... Oh! je me tuerai plutôt... oui, je me tuerai plutôt que de le suivre!...

—Non, non, ne le suivez pas, restez avec moi... Mathilde... Ma fortune... toute ma fortune vous appartient depuis longtemps... Je vous la destinais... oh! bien vrai... bien vrai... Mais je vous la donnerai tout entière de mon vivant, je ne garderai rien pour moi, rien... si vous consentez à ne pas me quitter.

L'effrayante préoccupation de Mathilde était si grande qu'elle ne se choqua pas de la proposition de mademoiselle de Maran; elle ne songeait qu'à échapper à son mari.

—Mais... il peut me forcer à le suivre... comme il l'a déjà fait,—s'écria-t-elle.

—Non, non, non, il ne le pourra pas; nous aurons des avocats, voyez-vous, les meilleurs, les meilleurs: rien ne nous coûtera... Nous plaiderons. Rien ne nous coûtera, rien... pour garder auprès de moi ma nièce... mon enfant chéri... car enfin vous êtes presque mon enfant, vous êtes la fille de mon frère, de mon bon frère que j'ai tant aimé.

—Mais dans une heure, madame, dans une heure peut-être mon mari sera ici... Avant-hier il est venu à Maran... me chercher... j'ai refusé de le suivre; il a été trouver le maire, et alors j'ai été forcée d'accompagner M. de Lancry. En arrivant ici, à l'hôtel Meurice, avec Blondeau qu'il m'avait permis d'emmener, il m'a dit de l'attendre, que nous ne resterions que douze heures à Paris, le temps nécessaire pour mettre nos passe-ports en règle et obtenir les pouvoirs que la loi lui accorde; il veut avoir entre ses mains les moyens de me contraindre, dans le cas où je voudrais encore lui résister.

—Eh bien! mon enfant, il faut vous cacher ici; il ne saura pas que vous y êtes venue.