M. Bisson commença par rouler innocemment la précieuse boîte dans sa main, puis peu à peu la conversation s'anima. Mademoiselle de Maran ne mettait aucune mesure dans ses attaques; plutôt que de céder, elle niait l'évidence.

Le savant, exaspéré par je ne sais plus quelle fausse affirmation de ma tante, s'écria en frappant impétueusement sur la cheminée:

—Eh! non, non, non, mille fois non, et encore non, madame.

Chaque négation était accompagnée d'un grand coup de tabatière, donné à tour de bras sur la tablette de marbre.

Ma tante ne s'aperçut de la destruction de sa fragile botte qu'au nuage de tabac et aux éclats d'émaux qui s'en échappèrent.

—Ah! l'affreux brise-tout!—s'écria-t-elle en colère:—qu'est-ce qu'il m'a encore cassé là?....... mais, c'est ma tabatière de Petitot! Ah! le vilain homme; mais, monsieur, pour l'amour de Dieu, tenez-vous donc tranquille! vous me jetez du tabac dans les jeux, vous m'aveuglez! Pour cette fois, je vous défends de remettre les pieds chez moi, entendez-vous... Ma tabatière de Petitot!... L'autre jour c'était une bonbonnière de cristal de roche irisé, une bonbonnière de cinquante louis, s'il vous plaît, qu'il m'a mise en morceaux en faisant gesticuler ses grands bras! Allez-vous-en... de chez moi, je vous en supplie... allez-vous-en... vos conversations me coûtent trop cher, sans compter que vous avez l'inconvénient d'arriver toujours fait comme un voleur et de m'apporter ici toutes les boues des rues de Paris.

—Vous avez beau dire! madame,—s'écria M. Bisson courroucé,—je ne monterai jamais dans une voiture; j'y suis résolu, j'aime bien mieux salir votre tapis que de me casser le cou!—Et le savant ne parla pas autrement du désastre de la tabatière.

—Tenez, monsieur Bisson,—dit ma tante,—laissez-moi tranquille, vous allez me mettre hors de moi; faites-moi l'amitié de sortir tout de suite, et surtout ne revenez plus.

—Et où voulez-vous donc que j'aille? il n'est que deux heures et demie, je n'ai pas besoin d'être à l'Institut avant trois heures et demie,—dit M. Bisson; et il se plongea dans un fauteuil, en s'emparant d'un écran qu'il commença de démonter.

—Comment où je veux que vous alliez!—s'écria mademoiselle de Maran outrée.—Est-ce que ma maison est faite pour servir de salle d'asile aux membres de l'Institut désœuvrés? Ah! mon Dieu! qu'est-ce qu'il fait encore là? Allons... bon... maintenant le voilà qui travaille à me casser un écran. Mais c'est intolérable... mais c'est une peste, mais c'est un fléau qu'un être aussi malfaisant; et mademoiselle de Maran fut obligée d'arracher des mains de M. Bisson l'écran déjà presque brisé.