—Sais-tu bien, ma chère Ursule,—lui dis-je en souriant,—qu'à me voir si rayonnante on a peut-être cru que c'était de moi que je paraissais si contente, tandis qu'au contraire j'étais orgueilleuse de toi? Mais que nous importe, à nous qui connaissons les secrets de notre cœur?

—Comment trouves-tu M. de Lancry?—me demanda tout à coup ma cousine.

—Mais je le trouve charmant,—lui dis-je, un peu surprise de cette question subite.—Oui... charmant, surtout quand il ne danse pas avec cette duchesse de Richeville qui a l'air si impérieux.

Ursule me regarda attentivement, baissa les yeux, garda un moment le silence et reprit:

—Veux-tu, Mathilde, que je te dise ce que je crois...

—Dis donc vite...

—Eh bien! je crois que mademoiselle de Maran et M. de Versac seraient enchantés de te marier avec M. de Lancry.

D'abord, je fis un geste d'étonnement; puis, je me mis à rire aux éclats.

—Que trouves-tu donc de si déraisonnable à cette supposition, Mathilde? M. de Versac n'a-t-il pas présenté M. de Lancry à mademoiselle de Maran? celle-ci n'a-t-elle pas très-instamment engagé M. de Lancry à venir souvent la voir le matin? Or, qui reçoit-elle le matin? cinq ou six personnes très-intimes. Dans quel but aurait-elle fait une exception en faveur du neveu de M. le duc de Versac?

—Veux-tu, Ursule, que je te dise ce que je crois?—repris-je en me servant des termes de ma cousine;—c'est que M. de Versac et mademoiselle de Maran seraient enchantés de te marier avec M. de Lancry.