Ce fut au tour d'Ursule à sourire.
—Quelle folie!—me dit-elle;—un si beau parti pour moi, pauvre fille, humble et sans fortune! est-ce que cela est possible? non, non; tu sais mon désir, ma résolution de ne jamais me marier; je me rends trop de justice pour prétendre à ce que je ne puis espérer, et puis demain il dépendrait de moi d'épouser M. de Lancry, que je ne l'épouserais pas. Cela te surprend?... Il en est pourtant ainsi; il est trop beau, trop élégant, trop à la mode... Ce n'est pas là le bonheur que je rechercherais; je ne suis pas faite pour une position si brillante; ma vie doit s'écouler dans l'obscurité; je ne dois pas avoir d'autre félicité que la tienne.
—Nous ne serons jamais d'accord sur le rôle que tu prétends devoir jouer... Ma bonne Ursule, tu verras... si j'en crois mon cœur, tu seras heureuse pour ton propre compte... Mais pour parler de M. de Lancry, pourquoi veux-tu donc que les dangereux avantages qu'il possède me plaisent plus qu'à toi?
—Pourquoi? parce qu'en m'épousant, M. de Lancry ferait une sorte de mésalliance; tandis que toi, qui possèdes, comme tu dis, les mêmes dangereux avantages, tu ne peux, tu ne dois être, il me semble, que très-charmée des suites d'un pareil mariage.
—Ursule, tu es folle; M. de Lancry ne pense pas plus à moi que je ne pense à lui; et d'ailleurs, comme toi, j'aimerais un bonheur moins brillant, par cela même beaucoup plus assuré.
—Enfin, tu trouves M. de Lancry charmant!
—Mon Dieu! que tu es méchante... Eh bien! oui... autant que l'on peut trouver quelqu'un charmant quand on l'a vu deux heures...
—Soit, et tu le trouves surtout charmant quand il ne valse pas avec la duchesse de Richeville.
Je ne pus m'empêcher de rougir.—Oui,—dis-je à ma cousine; je ne sais pourquoi cela est ainsi; je ne sais pas davantage pourquoi je rougis en t'entendant répéter ces paroles que je t'ai dites.
—Pourquoi... pourquoi?... Veux-tu que je te le dise, moi?—reprit tristement ma cousine. C'est que tu l'aimeras.