Ce tableau ravissant de l'amour dans le mariage, avec les délicatesses, les mystères et les entraînements de la passion, me transporta d'une espérance ineffable.

J'étais trop profondément heureuse pour cacher ma joie, pour mettre la moindre dissimulation dans ma réponse. Je sentis mes joues brûlantes, mon cœur battre, non de timidité, mais de résolution généreuse. Je voulus être à la hauteur de l'homme qui venait de me parler avec tant de sincérité, et dont les paroles m'inspiraient une invincible confiance.

—Je ne serai ni moins franche ni moins loyale que vous,—lui dis-je.—Je suis orpheline; je ne dois compte qu'à Dieu et à moi du choix que je puis, que je veux faire... J'ai foi dans l'amour que vous me peignez si doux et si beau, parce que moi-même bien souvent j'ai rêvé cet avenir.

—Mademoiselle, il serait vrai... je pourrais espérer?

—Je vous ai promis d'être franche... je le serai. Avant que de vous donner, non pas une espérance, mais une certitude... permettez-moi, à mon tour, quelques mots sur mes sentiments: ne prenez pas ce que je vais vous dire pour l'expression d'un doute, bien loin de ma pensée... J'aime ma cousine comme la plus tendre des sœurs. Elle est sans fortune, elle veut faire un mariage selon son cœur; pour la mettre à même de choisir sans se préoccuper des questions d'intérêt, je désire lui assurer la moitié de mes biens. Si elle ne se marie pas, je désire la garder toujours près de moi... Consentez-vous à ce qu'elle soit aussi votre sœur?

D'abord Gontran me contempla avec étonnement; puis, joignant les mains, il s'écria:

—Quel noble cœur! quelle âme! Comment ne pas approuver, que dis-je? ne pas admirer une affection si généreuse? Ne serait-elle pas une garantie de l'élévation de vos sentiments, s'il était possible d'en douter? Et puis ne connais-je pas mademoiselle Ursule? ne sais-je pas qu'elle mérite tant de dévouement?

—Oh! bien... bien,—dis-je avec entraînement,—je le vois, mon cœur trouve un écho dans le vôtre. Maintenant, une dernière question...—ajoutai-je en baissant les yeux et en balbutiant;—madame la duchesse de Richeville...

Je ne pus dire que ces mots.

Gontran me répondit aussitôt:—Je vous comprends, mademoiselle... les bruits du monde ont pu parvenir jusqu'à vous... Depuis mon retour d'Angleterre, ou plutôt depuis le bal de l'ambassade d'Autriche, je vous le jure sur l'honneur, je n'ai été occupé que d'une seule pensée... je n'ose dire... que d'une seule personne...