Je tendis la main à Gontran sans pouvoir retenir deux larmes; oh! deux bien douces larmes.—Si vous voulez la main de l'orpheline... elle est à vous... devant Dieu, je vous la donne,—lui dis-je.

—Devant Dieu aussi, je fais le serment de la mériter,—dit Gontran,—et il tomba à genoux d'une manière si charmante, si naturelle, je dirais presque si pieuse, en portant ma main à ses lèvres, que rien ne me parut exagéré dans ce mouvement.

De ma vie... je n'éprouvai une impression à la fois plus douce, plus sereine, plus triomphante.

Je joignis les mains avec force, et je dis d'une voix profondément émue:

—Mon Dieu! mon Dieu! que je vous remercie de me faire maintenant la vie si riante et si belle!...

Un roulement de voiture qui retentit dans la cour annonça le retour de mademoiselle de Maran.

—Mathilde,—me dit Gontran,—voulez-vous me permettre de faire tout à l'heure, là, devant vous, ma demande à votre tante?... Alors je pourrais peut-être revenir passer cette soirée près de vous.

—Oh! oui, oui,—m'écriai-je avec joie,—vous avez raison... Ainsi vous reviendrez ce soir?

Mademoiselle de Maran entra dans le salon.

—Je gage,—me dit-elle dès la porte du salon,—que vous ne savez pas ce qu'Ursule est allée faire en Touraine?