—Ah! mon Dieu!—s'écria ma tante;—qu'est-ce que vous me dites donc là, Gontran? C'est comme un coup de tonnerre... je n'en reviens pas. Ça ne s'est jamais vu, un mariage arrangé de cette façon-là!

—Vous dites vrai, madame; si vous accordiez votre consentement, et si j'en crois mon cœur, ce mariage serait unique entre tous les mariages,—dit Gontran en me regardant.

—Mais c'est qu'en vérité j'en suis tout ébaubie. Ça ne se fait jamais comme ça, mon pauvre Gontran! Ce sont les grands parents qui se chargent de ces ouvertures-là, avec toutes sortes de préliminaires et de préambules. On en cause quelquefois huit jours, et, après d'autres préambules encore, on fait venir la petite fille, et on lui dit qu'il se pourrait bien qu'on songeât un jour à la marier; que dans ce cas là, un jeune homme qui réunirait tels, tels et tels avantages, semblerait un parti sortable.

—Eh bien! ma tante,—dis-je gaiement à mademoiselle de Maran;—figurez-vous que ces huit jours, que ces longs préambules ont duré, et que vous avez dit à la petite fille qu'un parti sortable se présentait...

—Eh bien?—dit ma tante.

—Eh bien! la petite fille accepte avec une profonde reconnaissance,—dis-je à mademoiselle de Maran en lui prenant tendrement la main pour la première fois de ma vie.

Je trouvai cette main glacée. Elle serra longtemps la mienne dans ses longs doigts décharnés, en attachant sur moi un regard perçant, puis elle sourit comme elle pouvait sourire.

Je ne pus vaincre un sentiment de vague frayeur qui se dissipa aussitôt.

—Vous voulez donc bien de cet abominable mauvais sujet-là pour mari, mon enfant?... Allons, soit, je ne veux pas vous contrarier... J'y consens... sauf l'approbation de M. d'Orbeval, votre tuteur, et celle de votre oncle, Gontran.

—Il devait vous faire lui-même cette demande, madame,—dit M. de Lancry transporté de joie.