—Ursule, mon amie, ma sœur,—lui dis-je en me mettant à ses genoux, en prenant ses deux mains dans les miennes.
—Laisse-moi... laisse-moi,—dit-elle en cherchant à se dégager et en souriant avec amertume à travers ses larmes.—Pourquoi ces paroles de tendresse? tu ne les penses pas... tu ne peux plus les penser.
—Ah! Ursule... c'est cruel... que t'ai-je fait? que t'ai-je dit? pourquoi m'accueillir ainsi, mon Dieu! après une si longue absence?
—Mathilde, je n'accuse pas ton cœur; il est bon et généreux! mais c'est parce qu'il est généreux, qu'il a en horreur tout ce qui est mensonge et fausseté. Ainsi, laisse-moi... laisse-moi! ne te crois pas obligée de paraître m'aimer encore.
—Ursule... que dis-tu?
—Est-ce que je ne sais pas que tu me méprises!...—ajouta la malheureuse femme en fondant en larmes. Puis elle se leva et alla près de la fenêtre essuyer ses pleurs.
J'étais restée stupéfaite, ne comprenant rien à ce que me disait Ursule. Je courus à elle.
—Mais, au nom du ciel, explique-toi; que veux-tu dire? pourquoi veux-tu donc que je te méprise?
—Pourquoi, Mathilde? peux-tu me le demander? Comment! il y a quinze jours, je t'écris une lettre désolée, une lettre qui te peignait l'affreux bouleversement de mon cœur. Tu t'émeus de mon désespoir, tu plains ton amie... tu pleures sur son sacrifice, sur ses illusions perdues, et tout à l'heure tu entends dire que cette femme, qui, un moment, n'avait vu d'autre refuge que la mort pour échapper à cet odieux avenir; que cette femme, trois jours après ce mariage détesté, prodigue à son mari les noms les plus ridiculement familiers... Encore une fois, Mathilde, je te dis que tu me méprises... ou bien tu caches ce sentiment et je te fais pitié... Mais la pitié... je n'en veux pas... j'aime mieux le dédain... j'aime mieux la haine... j'aime mieux l'indifférence; mais la pitié... oh! jamais, jamais!
Et mettant son mouchoir sur sa bouche, Ursule étouffa les sanglots qu'elle ne pouvait contenir.