—Mais tu es folle, Ursule! tu ne penses pas ce que tu dis... Souviens-toi donc de ma lettre? Est-ce que je ne sens pas tes larmes couler sur mes joues?—lui dis-je en l'embrassant,—est-ce que je ne vois pas, hélas! que tu es bien malheureuse? Que me fait, après tout, un mensonge de ton mari?

—Un mensonge?... non, ce n'est pas un mensonge, Mathilde... non. Ces mots, si ridiculement familiers, je les ai dits... entends-tu... je les ai dits...

—Tu les as dits... Ursule?...

—Oui, oui... Ainsi laisse-moi... tu le vois bien... je suis la plus dissimulée... la plus fausse des créatures... Je feins le désespoir pour me faire plaindre, tandis qu'au fond je suis ravie de ce mariage... Mon mari est si riche... après tout! O honte! ô infamie!

Et Ursule appuya avec force ses deux mains sur son front....

—Non... il n'y a pas de honte, il n'y a pas d'infamie,—m'écriai-je.—Il y a là un mystère que je ne comprends pas. Eh! que m'importe après tout quelques paroles passées? tu souffres, tu pleures: eh bien! je veux souffrir, je veux pleurer avec toi... Vois mes larmes... ma sœur, sens mon cœur comme il bat... Dis... maintenant, dis... crois-tu que ce soit là du mépris... de la pitié?

—Eh bien! non, non; je te crois, Mathilde. Pardon! oh! pardon d'avoir un instant pu douter de ton cœur... Mais c'est qu'aussi j'avais... je dois avoir tant de préventions à détruire dans ton esprit!

—Mais aucune,—te dis-je.

—Alors, écoute-moi, ma sœur, ma tendre sœur. Tes larmes, ton affliction, m'arrachent mon secret. Tout à l'heure je ne voulais rien te dire... Je voulais ne plus te revoir, car vivre près de toi, soupçonnée par toi de fausseté, oh! cela me semblait impossible.

—Pauvre Ursule! eh bien! voyons... ne méritai-je pas ta confiance?