Il y avait tant de douceur, tant de sérénité dans la voix de Gontran, que, malgré moi, je fus presque rassurée. L'influence de mon mari sur moi était telle, que mes traits reflétaient pour ainsi dire toujours l'expression des siens; et puis je désirais si ardemment de le voir heureux, que je devais accepter, trop facilement peut-être, les explications sur sa conduite de la veille.

—De quel pardon parlez-vous?—lui dis-je.

—C'est très-embarrassant, Mathilde; car comment vous avouer... vous expliquer... un si grand crime?...

—Un crime!... Vous plaisantez... Mais encore... dites... oh! vous êtes pardonné d'avance.

—Je le sais... vous êtes si bonne! et pourtant ce pardon, je ne le mérite pas.

—Comment?

—Hier, ne vous ai-je pas d'abord inquiétée par mon absence, et presque épouvantée par mon retour?

—Il est vrai... votre agitation...

—Mon Dieu! ma jolie Mathilde, comment oser vous dire que vous avez été assez bonne pour vous intéresser... à... un vilain ivrogne? Voilà le terrible mot prononcé... Oui, hier Lugarto m'a retenu à dîner chez lui avec quelques amis communs: on a porté je ne sais combien de toasts à mon bonheur, à votre beauté; je n'ai pas pu, je n'ai pas voulu refuser. Depuis que j'ai quitté la vie de garçon, j'ai, Dieu merci, perdu l'habitude de ces dîners britanniques; aussi oserai-je vous faire cet abominable aveu: je me suis grisé en pensant à vous! Vous voyez que je n'ai fait que changer d'ivresse... Mais, hélas! la première est aussi belle que l'autre est honteuse... Encore une fois, me pardonnez-vous?

—Comment? Ces reproches que vous m'avez faits hier en rentrant...