—Quels reproches?

—Vous m'avez dit que mes épigrammes et celles de ma tante avaient irrité M. Lugarto au dernier point; que sa vengeance pouvait être terrible, et que...

M. de Lancry partit d'un éclat de rire si franc, que je crus à sa sincérité.

—Malheureux Lugarto!—répéta-t-il;—j'en ai fait un ogre, je le vois... Pauvre Mathilde! je rirais davantage encore, si je ne vous avais pas inquiétée. Mais, sérieusement... quelle terrible vengeance voulez-vous que Lugarto?...

—Mais, mon ami, hier matin, vous m'avez paru fâché de la dureté de mes réponses.

—Oui, sans doute; car, je vous le répète, malgré quelques excentricités de caractère, je le regarde, Lugarto, comme un de mes meilleurs amis; comme tel, je désire le voir à l'abri de vos spirituelles attaques, ma jolie petite méchante; mais ce sera difficile, et, je le vois, on dira l'esprit des Maran, comme on disait l'esprit des Mortemart. Pourtant, je vous en prie, ménagez ce pauvre garçon; si ce n'est pour lui... que ce soit pour moi.

—Mais hier... vous m'avez dit aussi que vous craigniez de l'irriter.

—Sans doute, car alors il tombe dans des désolations sans fin, il me reproche de ne pas l'aimer, d'être un mauvais ami; en un mot, de sa part, ce ne sont pas des reproches, je n'en supporterais pas, mais des plaintes; c'est ce qui m'oblige à tant de ménagements pour lui...

—Et vous êtes bien sûr de son amitié?—demandai-je en hésitant à Gontran.

—D'autant plus sûr qu'elle est plus rare, et qu'il n'a aucune raison pour affecter un sentiment qu'il n'éprouverait pas.