Je racontai à Gontran l'entretien que j'avais entendu entre M. Lugarto et la princesse Ksernika.

—C'est une plaisanterie de bal masqué sans domino,—me dit Gontran:—il aura voulu s'amuser à la tourmenter; et cela n'est d'aucune conséquence avec la princesse, qui est la meilleure des femmes. A ce propos, si elle vous fait quelques avances, répondez-y, je vous en prie, car elle est très-bonne amie quand elle le veut, et les bonnes amies sont rares. D'ailleurs, vous la verrez ce matin à l'ambassade d'Angleterre.

—Irons-nous donc à cette fête?—dis-je à M. de Lancry d'un air chagrin.

—Eh! mais, sans doute. L'ambassadrice m'a écrit ce matin une lettre charmante, me disant qu'elle avait seulement appris hier soir notre retour, et qu'elle espérait bien avoir le plaisir de vous voir aujourd'hui.

—Allons, soit, mon ami, j'irai,—dis-je en soupirant.

—Un soupir, Mathilde! mais vous serez charmante. C'est un triomphe d'être jolie le matin; et moi je suis fier de vous, de votre ravissante beauté!...

—Hélas! mon ami, cette beauté est à vous; mais j'en suis plus fière encore quand je me fais belle pour vous seul.

Gontran sourit et me dit:—Je devine... encore vos rêves de maisonnette?

—Encore mes rêves de bonheur... Oui, Gontran.

—Eh bien! soyez jolie, bien jolie, plus jolie que toutes les femmes, vous voyez que je ne vous demande rien que de très-facile, et nous songerons à cette folie.