—Sans doute; il avait tant souffert! et puis les dernières émotions l'ont si vivement agité! maintenant il est encore bien souffrant, mais il est mieux.

—Je le sais, madame; hier, en rentrant chez moi...

—Vous l'avez vu à sa fenêtre. Oui, il est allé habiter en face de votre maison pour être plus près de vous. Si vous saviez combien il vous aime! toutes ses craintes... Eh bien! non... non, ne parlons plus de cela,—reprit la duchesse à un mouvement que je fis;—j'espère que lui et moi nous nous sommes trompés; vous semblez heureuse... c'est une conversion que vous avez opérée: je ne m'en étonne pas... seulement je n'osais l'espérer.

—Je suis en effet très-heureuse, madame, ainsi que je l'avais prévu.

—Et moi je vous jure que je suis aussi bien heureuse de m'être trompée dans ma prévision. Mais dites-moi, pendant que nous sommes à peu près seules, n'oubliez pas, si vous aviez quelques lettres à faire parvenir à M. de Mortagne, de les faire adresser rue de Grenelle à l'hôtel de Richeville, dans le cas où il serait absent pour quelques jours... Enfin, pauvre enfant, quoi qu'il vous arrive, dans quelque occasion que ce soit, rappelez-vous que vous avez une amie bien vraie, bien dévouée. Cela vous semble étrange, n'est-ce pas? Tout ce que je vous demande, c'est de mettre à l'épreuve cette amitié que je vous offre; elle ne vous manquera jamais.

A ce moment M. Lugarto entra dans la galerie.

Involontairement je fis un mouvement d'effroi en me rapprochant de la duchesse de Richeville.

—Qu'avez-vous donc?—me dit-elle.

—J'ai, madame, un peu froid: il vient beaucoup d'air par cette galerie.

Madame de Richeville vit par hasard M. Lugarto qui causait avec plusieurs personnes; elle me dit en me le désignant: