—Mais, madame,—répondis-je,—savez-vous que vous risquez beaucoup en entrant en lice contre moi?
—Certainement, et c'est ce qui fait mon orgueil; car enfin vous êtes bien plus belle, bien plus jeune, bien plus aimable que moi,—dit la princesse avec un accent moqueur.
—Ceci n'est pas la question, madame; ce qui fait ma supériorité, c'est que je n'ai pas comme vous... une réputation à conserver...
—Comment cela, madame?—dit la princesse en me regardant avec surprise;—votre réputation...
—Oh! madame, j'ai la mienne comme vous avez la vôtre... Il y en a de toutes les sortes.
Madame de Ksernika fit un mouvement de dépit.
Je me hâtai de continuer.
—La vôtre est une réputation de beauté irrésistible, établie par de brillants et surtout par de nombreux succès. Si dans notre lutte vous triomphez encore, une nouvelle conquête n'augmentera pas de beaucoup votre gloire; tandis que si vous succombez... jugez donc... madame, ce sera devant qui? devant une pauvre jeune femme sans expérience qui entre dans le monde et qui défend bourgeoisement... son mari... ou, si vous l'aimez mieux, son bonheur...
La princesse prit son air hautain, et me dit assez aigrement:
—Vous êtes piquée, madame?