—Et ce complot, qui menace-t-il?—m'écriai-je.

—Pouvez-vous me le demander, madame?... vous... vous!

—Et Gontran, et mon mari?

—M. de Mortagne vous recommande avant tout de ne pas le quitter; s'il voyage, de voyager avec lui; mais avant tout et surtout, pour son salut et pour le vôtre, de ne jamais vous séparer de lui un seul instant.

—Mon Dieu!... mon Dieu!... et qui soupçonne-t-il? de quoi avons-nous tant à craindre?

—Est-il besoin de vous le dire, madame? de M. Lugarto. L'immense fortune de cet homme met à sa disposition des ressources inconnues; il est aussi rusé que méchant. M. de Mortagne, pour contreminer ses projets, s'est absenté ou a feint de s'absenter de Paris depuis quelque temps.

—Mais, monsieur, vous me laissez dans une mortelle inquiétude!

—Voyez la lettre de M. de Mortagne; il m'écrit à la hâte et ne m'instruit d'aucune particularité: tant que durera l'absence de madame de Richeville, il ne pourra vous donner de ses nouvelles, car c'est seulement par son entremise qu'il pourrait vous écrire. Il craint que plusieurs de vos gens ne soient gagnés, et la moindre indiscrétion sur ses desseins les ferait avorter; il est donc obligé d'agir dans l'ombre et dans le silence... Adieu, madame, je m'en vais plus rassuré. Si M. de Mortagne croit que je puisse vous assister dans la justification que vous provoquerez, j'aurai l'honneur de venir vous en instruire, sinon persistez dans le projet que je vous ai indiqué; lui seul peut couper le mal dans sa racine et confondre les méchants... Mais, j'y songe, pour remédier à mon absence, j'écrirai à M. de Lancry tout ce que je vous ai dévoilé, l'autorisant à se servir de ma lettre. Adieu, madame. M. de Mortagne me dit que chaque minute est comptée... Espoir et courage; vous avez des ennemis bien acharnés.

—Mais nous comptons deux amis bien précieux,—dis-je à M. de Rochegune.—Adieu, monsieur; vous entreprenez une noble tâche. Dieu vous soutiendra.

M. de Rochegune sortit.