—Vous êtes un infâme!—m'écriai-je;—je n'ai aucun ménagement à garder... En dévoilant votre conduite à mon mari, je n'expose pas ses jours; vous n'oseriez pas vous battre avec lui, et lui ne daignerait pas se battre avec vous.
—Vous entendez, mon cher, comme elle me traite,—dit M. Lugarto à M. de Lancry;—avouez que j'ai un bon caractère.
—Trêve de plaisanterie, monsieur!—s'écria Gontran.—Je vois à l'agitation, à la pâleur de madame de Lancry, qu'elle est péniblement émue. Quelle que soit mon amitié pour vous, je ne souffrirai jamais que vous oubliiez un moment le respect que vous devez à ma femme, monsieur.
—Vous le prenez comme cela, mon cher? c'est différent,—dit M. Lugarto;—n'en parlons plus, oublions cette folie, et songeons à autre chose... Que faites-vous ce soir?
—Vous l'entendez!—m'écriai-je,—cet homme vous dit d'oublier ce qu'il appelle une folie! Il va vous demander votre main et vous trahir encore. Non... non... mon noble, mon généreux Gontran, quoique votre âme confiante et bonne doive souffrir de cette découverte, je vais tout vous dire: il faut que cet homme que vous croyez votre ami soit démasqué; il faut que là, devant lui, vous appreniez les bruits infâmes qu'il répand sur vous, sur moi; il faut que vous sachiez, qu'ici, tout à l'heure, il m'a déclaré son indigne amour, non pas comme une vaine galanterie... il ment... non... non... D'abord il a parlé de son amour en suppliant... avec des larmes dans les yeux, avec de douces et hypocrites paroles.
—Monsieur!—s'écria Gontran en devenant pourpre de colère et en jetant un regard furieux à M. Lugarto.
—Écoutez-la donc jusqu'à la fin, mon cher; je vous répète qu'elle s'indigne à tort, qu'elle prend sérieusement une mauvaise plaisanterie.
—Et puis,—continuai-je,—lorsqu'il a vu le mépris, le dégoût qu'il m'inspirait, alors sont venues les menaces de vengeance, les révélations horribles... Le monde,—disait-il,—croyait que vous m'étiez infidèle, Gontran; le monde,—disait-il encore,—croyait que je me vengeais de votre abandon en aimant cet homme. Avez-vous dit cela, monsieur, avez-vous dit cela?
M. Lugarto sourit et haussa les épaules.
—Monsieur Lugarto, prenez garde!—dit Gontran d'une voix sourde...—La patience humaine a des bornes... et depuis longtemps... oh! bien longtemps, je suis patient, voyez-vous.