M. Lugarto baissa les yeux et ne répondit rien. Fière de sa confusion, espérant m'en délivrer à jamais après cette scène cruelle, je continuai:
—Mais cela n'est pas tout; il s'est joint à notre plus mortelle ennemie, à mademoiselle de Maran, pour proclamer partout que vous, que vous, mon noble Gontran... vous subissiez sa présence tout en la maudissant... que les soins qu'il me rendait étaient tolérés par vous. Et savez-vous pourquoi? parce que notre fortune était compromise par vos dettes, et que vous aviez eu recours à l'argent de cet homme.
Un moment je fus effrayée de l'expression de rage qui anima les traits de Gontran.
Il se leva, il saisit M. Lugarto par le bras et lui dit d'une voix foudroyante:
—Entendez-vous ce que dit ma femme, monsieur? l'entendez-vous?
—Enfin, mon Dieu! nous serons délivrés de ce démon!—m'écriai-je en joignant les mains.
M. Lugarto était resté assis.
Lorsque Gontran s'approcha de lui, il ne fit pas un mouvement; il se dégagea froidement de l'étreinte de Gontran, le regarda fixement et lui dit avec un calme sardonique dont je fus attérée:
—Ah çà! mon cher, décidément vous êtes fou.
—Je vous dis, monsieur, que ces bruits que vous répandez sont infâmes... et que je ne souffrirai pas...