—Vous ne souffrirez pas?—articula lentement M. Lugarto en riant d'un rire sardonique.—Ah! ah!... ah! je le trouve charmant, ma parole d'honneur; il ne souffrira pas! Ah çà! est-ce que par hasard vous vous donnez les airs de me menacer, monsieur le vicomte de Lancry?
—Oui... oui... quoi qu'il puisse arriver, une fois au moins je...
—Quoi qu'il puisse arriver, vicomte?—s'écria M. Lugarto d'une voix stridente, en interrompant mon mari.—Quoi qu'il puisse arriver... Répétez donc cela.
Gontran était dans une angoisse inexprimable: son beau visage, douloureusement contracté, exprimait la haine, la rage, le désespoir; mais on aurait dit qu'une mystérieuse influence empêchait l'explosion de ces violents ressentiments.
Ils éclatèrent. M. de Lancry s'écria en frappant du pied:
—Eh bien! oui, oui! quoi qu'il puisse arriver, puisque vous me poussez à bout, je vous insulterai, entendez-vous, je vous insulterai à la face de tous; nous nous battrons, et je vous tuerai ou vous me tuerez; l'un de nous maintenant est de trop sur la terre: cette existence m'est insupportable... Si ce n'était la crainte de vous causer une joie infernale, je me serais déjà délivré de cette vie qui m'est odieuse.
Il y avait tant de désespoir dans ces paroles de Gontran, elles me menaçaient d'un nouveau et si formidable malheur, que je me sentis défaillir.
—Vous ne m'insulterez pas et je ne me battrai pas avec vous,—reprit froidement M. Lugarto.—Comme l'a dit madame, je ne l'oserais pas d'abord, et puis vous ne le daigneriez pas... Mais revenons à votre quoi qu'il arrive. Est-ce un défi?..... hein..... vicomte? Voulez-vous qu'à l'instant, devant madame, je dise...
—Arrêtez! oh! arrêtez! pas un mot de plus!—s'écria Gontran avec effort;—par pitié... pas un mot!...
Il retomba dans un fauteuil, mit sa main sur ses yeux en s'écriant d'une voix étouffée: