—Vous parliez d'obligations d'argent... je donnerais ma vie pour n'en avoir pas d'autres... envers lui; car sachez-le donc, malheureuse femme, il tient entre ses mains plus que ma vie... entendez-vous, plus que ma vie... Maintenant, comprenez-vous?
—Je comprends, mon Dieu! je comprends... Pardonnez-moi, Gontran, soyez bon; tout à l'heure, je me suis dit aussi que j'avais tort. Vous le savez, avant ma maladie, j'ai pris la résolution de vous aimer pour vous; cette résolution je la tiendrai toujours, mon ami... Notre position est horrible... Ce secret, je ne vous le demande pas; non, non; mais enfin que faut-il faire?
—Aller ce soir à ce dîner d'abord, puis à cette fête...
—Soit, nous irons... nous irons... Oh! vous verrez, j'aurai du courage. Je parlerai à cet homme sans lui témoigner mon aversion. S'il le faut, je lui sourirai. Le monde interprétera ma conduite comme il le voudra... Peu m'importe, pourvu qu'aux yeux de Dieu et de vous, je n'aie pas à rougir... Gontran, j'ai plus de résolution que vous ne le pensez. Voyons, regardons notre position bien en face... Cet homme peut vous perdre; je l'abhorre autant que je vous aime, Gontran; je pourrai bien, je vous le promets, cacher l'horreur qu'il m'inspire... mais enfin s'il persiste, si un jour il me dit... à moi... car cet homme ose tout:—Ce secret qui peut perdre votre mari, je le dévoile, si vous ne m'aimez pas?...
Gontran rougit d'indignation et s'écria:
—Je le tuerai... et me tuerai après!
—Cet homme avait donc raison... mon ami... un crime ou le suicide... Allons... c'est bien... En tout cas vous ne mourrez pas seul. Voici donc nos chances les plus terribles... Maintenant écoutez-moi... Ce matin M. de Rochegune est venu me faire ses adieux; il a reçu ici une lettre de M. de Mortagne. Ne prenez pas cet air courroucé, Gontran; notre position est bien triste, et M. de Mortagne est peut-être notre seul ami. Il sait, je ne sais comment... que M. de Lugarto a de funestes desseins sur vous, sur moi. Il est parti, dit-il, de Paris pour les déjouer; il me fait surtout recommander de ne jamais vous quitter si vous voyagiez. Tout ceci est bien vague, sans doute; mais enfin il est toujours consolant de penser que nous avons des amis qui veillent sur nous.
—Et M. de Mortagne aura bien à faire pour que j'oublie ses lâches insultes!—s'écria Gontran.
—Ce qu'il faudra faire pour cela, mon ami, il le fera de grand cœur, croyez-le.
—Mais au fait... il ne s'était pas trompé; il vous avait prévenue que je vous rendrais très-malheureuse,—dit Gontran avec une irritation continue,—vous devez reconnaître la justesse de ses prévisions.