En effet, Madame était venue à cette fête; elle entrait alors sous une tente où l'on dansait.
Je repris un peu d'espoir. Lorsque j'avais été présentée à Madame, après mon mariage, elle avait bien voulu m'accueillir avec cette grâce touchante et cordiale qui n'appartenait qu'à elle.
—«C'est un trésor que mademoiselle de Maran; en vérité; vous êtes plus heureux que vous ne le méritez, monsieur de Lancry,»—avait-elle dit à Gontran d'un air moitié souriant, moitié sérieux.
Je pensais que Madame, en nous accueillant avec sa bonté accoutumée, imposerait aux méchants propos du monde, et que, par habitude de cour, toutes les personnes présentes modèleraient leur conduite envers nous sur celle de Madame.
Je pris le bras de Gontran; nous nous approchâmes de S. A. R.
Mon cœur battait à se rompre.
En nous voyant venir, les personnes qui accompagnaient Madame s'écartèrent de façon à laisser un assez grand espace vide entre nous et la princesse.
Je vis avec frayeur la figure de Madame, d'une expression ordinairement si bienveillante, se rembrunir tout à coup et devenir hautaine et sévère.
Malgré son assurance, M. de Lancry tressaillit légèrement. A peine avait-il salué Madame, que S. A. R., après avoir regardé mon mari avec un mélange de dédain glacial et de fierté révoltée, comme si elle eût été indignée que nous eussions osé nous présenter devant elle, nous tourna le dos sans lui dire un mot.
M. de Lancry devint pâle de douleur et de rage. Il me fit tellement pitié que j'eus la force de surmonter mes ressentiments. Je lui dis d'une voix ferme: