—Monsieur Lugarto, vous osez attaquer dans le monde la réputation de madame de Lancry et faire entendre que je suis un mari complaisant, parce que je vous ai certaines obligations; je vous dis ici bien haut que vous êtes un infâme imposteur! Madame de Lancry vous a toujours méprisé comme vous le méritez, et vous avez indignement abusé de l'intimité qui existait entre nous pour donner une apparence à vos lâches calomnies.
La première, la seule idée qui me vint, fut que cet homme allait perdre Gontran et révéler le funeste secret qu'il possédait.
—Mon Dieu! mon Dieu!—m'écriai-je en fondant en larmes:
Deux ou trois femmes de ma société, que je ne connaissais cependant que de vue, vinrent auprès de moi et m'entourèrent avec la plus touchante sollicitude, tandis que plusieurs hommes s'interposaient entre Gontran et M. Lugarto.
Ce dernier, sa première stupeur passée, redoubla d'impudence; je l'entendis répondre à M. de Lancry avec l'apparence d'une dignité contrainte et offensée:
—Je ne comprends pas, monsieur, le motif de vos reproches; je déclare ici hautement que personne ne respecte plus profondément que moi madame de Lancry, et j'ignore complétement les calomnies auxquelles vous faites allusion. Quant aux obligations que vous pourriez avoir envers moi, je ne sache pas que j'en aie dit un mot à personne... Votre attaque est si violente, monsieur, votre accusation tellement grave, et surtout si imprévue, car nous venons de passer la soirée ensemble, que je ne puis l'attribuer qu'à une imagination passagère que je déplore sans me l'expliquer.
—Misérable fourbe!—s'écria Gontran, mis hors de lui par la fausse modération et par l'infernale perfidie de la réponse de M. Lugarto.
—Toutes les personnes ici présentes,—dit ce dernier,—comprendront, je l'espère, dans quelle position nous sommes vis-à-vis l'un de l'autre, monsieur, et qu'il est des injures qu'on doit savoir tolérer.
—Et ceci, le tolérerez-vous?...—s'écria Gontran.
Et j'entendis le bruit d'un soufflet.