J'envoyai Blondeau s'informer si ce dernier était à Paris; on lui répondit qu'il y était, que sa blessure avait assez de gravité, et qu'il ne pouvait pas sortir de quelques jours.
J'étais en proie à une mortelle inquiétude. Je frémissais en songeant que M. de Mortagne avait pour ainsi dire prévu cette absence de Gontran, puisqu'il m'avait expressément recommandé de ne pas quitter M. de Lancry.
En vain Blondeau interrogea ceux de nos gens qui avaient assisté au départ de mon mari, je ne pus recueillir le moindre renseignement.
Je passai la fin de la journée et la nuit suivante dans d'inexprimables angoisses. Je ne pouvais comprendre comment M. Lugarto n'avait pas exécuté sa menace de perdre Gontran; peut-être l'avait-il fait: peut-être mon mari, parti précipitamment pour échapper aux suites de cette révélation, n'avait pas voulu m'effrayer.
Je ne savais qui interroger pour être éclairée à ce sujet.
Je me décidai à aller, quoi qu'il m'en coûtât, chez mademoiselle de Maran. Elle, plus que personne, devait m'instruire de ce que je voulais savoir, car elle recueillait avec empressement les bruits odieux qui nous concernaient.
Je me disposais à me rendre chez ma tante, lorsqu'on l'annonça.
En toute autre circonstance, cette visite m'eût été odieuse. Je remerciai presque le ciel de m'envoyer mademoiselle de Maran.
Pourtant, lorsque je vis l'air ironique et satisfait de ma tante, je regrettai le vœu que j'avais formé.
—Eh bien!... eh!...—me dit-elle—qu'est-ce qu'il y a donc? Du trouble dans votre ménage, chère petite? dans ce modèle des jolis ménages commodes et faciles? On parle de tragédies... qui, j'en suis sûre... ne sont que des comédies... heureusement.