—Regardez-moi bien en face, madame; écoutez bien l'accent de ma voix, remarquez bien l'expression de mes traits... vous si pénétrante, vous verrez si je mens.
—Au fait... au fait,—dit mademoiselle de Maran avec aigreur.
—Eh bien! madame, j'aime Gontran autant que je l'ai jamais aimé... entendez-vous?... Je l'aime avec passion, je l'aime plus encore qu'autrefois, car il est malheureux... Cet amour-là, c'est ma force, c'est mon courage, c'est ma consolation; grâce à cet amour, je suis déjà sortie, meurtrie peut-être, mais souriante, des luttes les plus cruelles... Grâce à cet amour, enfin, je défie l'avenir d'un front calme et serein.
Il y avait un tel accent de vérité dans mes paroles; mon visage, ranimé par la puissance de mes convictions, était sans doute si radieux que mademoiselle de Maran, ne pouvant cacher sa rage, s'écria:
—C'est qu'elle est capable de dire vrai! C'est qu'il y a pourtant des femmes assez imbéciles pour s'ensorceler ainsi d'un homme! Les vilaines stupides, on les assommerait à coups de bûche, qu'elles s'écrieraient encore avec toutes sortes de voluptés langoureuses, comme les convulsionnaires du diacre Pâris:—O douceur charmante!... ô ravissement ineffable!
Puis, revenant involontairement à ses habitudes d'autrefois, mademoiselle de Maran me serra violemment le bras, en s'écriant:
—Mais vous êtes donc aveugle, sotte ou folle?
La colère de ma tante me fit du bien; mon amour pour Gontran était compris; il pouvait, il devait me consoler de tout, puisque mademoiselle de Maran était si furieuse de me le voir ressentir.
—C'est à vous faire enfermer,—répéta ma tante.
—Je l'aime, madame, je ne puis vous dire autre chose.