La nuit était si noire que les personnes qui nous poursuivaient, ignorant le danger, puisqu'elles n'avaient pas relayé à Écouen, devaient arriver aveuglément sur cette masse de grès et s'y briser.

Nous avions descendu cette côte avec tant de rapidité, que l'autre voiture apparaissait à peine à son sommet lorsque Fritz s'écria:

—Marche! postillon... Dix francs de guides si vous montez la route au galop!

Malgré cette recommandation, les chevaux, essoufflés par cette course désordonnée, gravirent lentement le rude versant qui succédait à la descente.

Dans un état d'angoisse inexprimable, je regardais toujours à travers le carreau du fond de la voiture.

Fritz resta sur le marchepied de son siége pour juger du résultat de sa ruse.

La nuit continuait d'être si profonde qu'on ne distinguait pas la voiture qui nous poursuivait; on ne voyait que deux points lumineux (ses lanternes) qui approchaient, qui descendaient avec une effrayante vitesse sur cette pente presque à pic.

A la lueur d'un éclair, je vis parfaitement une voiture attelée de deux chevaux blancs... lancés avec impétuosité...

Puis tout retomba dans l'ombre...

Une idée terrible me vint: si les malheureux qui couraient à une perte certaine n'étaient pas ceux qui nous poursuivaient!...