Machinalement je jetai mes deux mains en avant et je m'écriai:—Arrêtez!!

Un nouvel éclair me montra la voiture, entraînée par son irrésistible élan...

Elle était à peine à vingt pas de la masse de grès, sur laquelle elle devait inévitablement se briser...

Que devins-je, mon Dieu! lorsque je crus reconnaître la forme particulière d'une sorte de briskha appartenant à M. de Mortagne, et dans lequel il était arrivé d'Italie chez ma tante le jour de la signature de mon contrat de mariage! Gontran m'avait parlé souvent de la construction commode quoique bizarre de cette voiture.

En voyant les deux points lumineux qui la signalaient disparaître tout à coup... je poussai un cri déchirant, je mis ma main sur mes yeux... comme si j'avais assisté à l'effroyable catastrophe que je redoutais.

A ce moment, nos chevaux, arrivant au haut de la côte que nous avions gravie, trouvèrent un terrain plat et repartirent avec une nouvelle impétuosité.

En vain j'appelai les postillons, le bruit étourdissant des roues couvrait ma voix, ils ne m'entendirent pas; je me rejetai dans le fond de la voiture avec désespoir...

Peu à peu, craignant de m'appesantir sur cette idée que M. de Mortagne était peut-être victime d'un épouvantable accident, je voulus me persuader, je me persuadai que je m'étais trompée.

D'ailleurs, il n'existait peut-être pas que cette seule voiture d'une forme particulière; M. de Mortagne pouvait l'avoir vendue et M. Lugarto l'avoir achetée; ainsi je calmai ou plutôt j'étourdis ma terreur... Je m'efforçai de croire que ce dernier nous poursuivait et qu'une punition toute providentielle frappait l'homme qui nous avait tant fait de mal. Enfin j'allais voir Gontran. Cet espoir seul me rassurait; M. de Lancry, prévenu par le messager qui nous avait dépassés, éclaircirait mes doutes à ce sujet.

Après avoir couru une demi-heure environ sur la grande route, je m'aperçus bientôt que nous quittions le pavé et que nous nous engagions dans un chemin de traverse.