Je fus sensible à cette attention de Gontran, je renvoyai cette femme pour être seule et songer librement aux événements de la journée.
Après avoir pris quelques cuillerées de potage, mangé un blanc de poulet et bu deux ou trois verres d'eau rougie d'un peu de vin de Bordeaux, car j'avais une soif ardente (on verra pourquoi j'insiste sur ces puérils détails), je repoussai la table et je rapprochai mon fauteuil de la cheminée, quoiqu'il n'y eût pas de feu dans l'âtre.
L'orage grondait toujours sourdement, un vent violent s'était élevé, l'on entendait ses longs et tristes gémissements. Au bout de quelque temps, je cédai à une violente fatigue morale et physique, mes paupières s'appesantirent malgré moi; ne voulant pas encore céder au sommeil, je me levai brusquement, je fis quelques pas, et je m'approchai par hasard d'une porte qui devait communiquer dans une pièce voisine.
Fut-ce le vent ou un effet de mon imagination, il me sembla entendre un profond et douloureux soupir derrière cette porte.
Je me reculai vivement, j'eus peur.
Il me vint un vague pressentiment de quelque malheur.
Je vis un cordon de sonnette à l'un des côtés de la cheminée; j'y courus, je l'agitai violemment...
Personne ne vint.
Je sonnai de nouveau et plus fort... personne ne vint.
Une troisième épreuve fut aussi vaine.