Plus calme, je remerciai Dieu de m'avoir sauvée.
Je ne pris qu'une part muette à la scène suivante, mais elle est restée gravée dans ma mémoire en caractères ineffaçables.
Tant qu'elle dura, quoique M. de Rochegune fût plus témoin qu'acteur, ses traits basanés et contractés eurent une expression peut-être plus menaçante, plus effrayante encore, que l'emportement de M. de Mortagne.
Toutes les fois que le regard de M. de Rochegune s'arrêta sur M. Lugarto, il sembla flamboyer; plusieurs fois je remarquai à la crispation nerveuse de ses mains qu'il faisait de grands efforts pour conserver un calme apparent. Toutes les fois aussi que ses yeux gris et perçants s'arrêtèrent sur M. Lugarto, celui-ci sembla presque en proie à une fascination douloureuse.
Après m'avoir donné les premiers soins, M. de Mortagne m'établit dans un fauteuil et me dit:
—Vous allez maintenant, pauvre enfant, assister au jugement et à l'exécution de ce monstre...—Et il se retournait vers M. Lugarto.
—Mais, monsieur, que prétendez-vous donc me faire? Vous n'abuserez pas de votre force,—s'écria celui-ci en étendant les mains d'un air suppliant.
—A genoux d'abord... à genoux...—lui dit M. de Mortagne d'une voix terrible; et de sa main puissante, il prit M. Lugarto par le collet et le força de s'agenouiller rudement sur le plancher.
—Mais c'est un guet-apens... un abus de...
—Tais-toi,—s'écria M. de Mortagne.