En se voyant ainsi arracher le moyen de continuer les tortures de sa victime, M. Lugarto poussa un cri de fureur presque sauvage.

—C'est infâme! il y a contrainte... guet-apens... violence!

—Mais tu veux donc que je te bâillonne?—s'écria M. de Mortagne.—Je te défends de parler lorsque je ne t'interroge pas... Écris encore.

—Mais...

—Rochegune, donnez-moi le cordon...

M. Lugarto leva les yeux au ciel et obéit. M. de Mortagne dicta ce qui suit à M. Lugarto: «Je déclare avoir écrit de fausses lettres à madame la vicomtesse de Lancry, en contrefaisant l'écriture de son mari. Par ces lettres, M. de Lancry invitait sa femme à se rendre à l'instant auprès de lui, dans une maison située près de Chantilly. Madame de Lancry, ayant tombé dans ce piège infâme, est partie aussitôt de Paris; à son arrivée ici, elle a trouvé une autre lettre de M. de Lancry, également contrefaite par moi, dans laquelle il priait sa femme de ne pas s'inquiéter, de l'attendre, lui annonçant qu'il serait de retour le lendemain. Madame de Lancry, épuisée de fatigue, a accepté le souper que je lui avais fait préparer; j'avais mélangé un narcotique dans tout ce qu'on lui a servi: lorsque l'effet de ce poison a commencé de se manifester, je me suis présenté devant madame de Lancry, j'ai eu la barbarie de lui annoncer qu'elle avait pris un narcotique et de lui faire constater de minute en minute l'influence croissante de ce breuvage, affirmant à madame de Lancry qu'à minuit elle serait complétement endormie et alors en mon pouvoir... A cette horrible menace, madame de Lancry, préférant la mort au déshonneur, a rassemblé ce qui lui restait de force et de connaissance, a saisi un couteau et s'en est frappée. M. de Mortagne et M. de Rochegune, qui étaient parvenus à s'introduire dans la maison, et qui, cachés, avaient été témoins de toute cette scène, sont, en ce moment, entrés dans la chambre. Comme je suis aussi lâche que cruel...»

—Je n'écrirai pas cela...—s'écria M. Lugarto en rejetant la plume.

Du revers de sa main, M. de Mortagne donna un vigoureux soufflet à M. Lugarto.

Celui-ci voulut se lever.

M. de Mortagne le maintint sur sa chaise et lui dit: