Et il laissa retomber ses deux bras le long de son corps, comme s'il eût perdu tout sentiment.
M. de Rochegune lui-même, effrayé de l'exaspération de M. de Mortagne, lui dit:
—Ayez pitié de ce misérable.
—Eh! a-t-il eu pitié de cette malheureuse enfant, lui, lui?... s'écria M. de Mortagne.
—Grâce... mon Dieu... je partirai quand vous voudrez... je vous le jure,—murmura M. Lugarto à voix basse.
—Oses-tu bien faire ici un serment?... Ce n'est pas sur ta parole que je compte, mais sur la mienne, et je te la donne, entends-tu?... ma parole d'honnête homme, que tu ne remettras pas les pieds en France, et par une bonne raison que tu vas comprendre... Comme après tout il faut que tu sois puni de tes infamies, et que la voie légale ne peut me convenir; comme après tout tu es un faussaire, un meurtrier, un empoisonneur, et qu'on marque tes pareils d'un fer chaud, je veux aussi te marquer, moi... entends-tu? te marquer non pas sur l'épaule, mais sur le front... te marquer d'un T et d'un F, pour que cela se voie bien et toujours!... De la sorte, tu ne seras pas tenté de revenir en France, j'espère.
—Mais c'est le démon que cet homme!—s'écria M. Lugarto en joignant les mains avec terreur et en se levant à demi.—Mon Dieu! mon Dieu! que voulez-vous donc me faire encore? Ne m'avez-vous pas assez insulté, humilié?
—Je veux te marquer sur le front. La lame de ce couteau, rougie à la flamme de cette bougie, suffira pour rendre l'empreinte ineffaçable.
En disant ces mots, M. de Mortagne prit le couteau avec lequel je m'étais blessée et l'approcha de l'un des flambeaux.
M. Lugarto le regardait avec terreur; il courut à la porte.