—Ses remords!—dit M. de Mortagne,—est-ce que ses pareils ont des remords? La rage d'avoir au front l'empreinte d'un fer chaud, voilà le seul remords qu'il puisse connaître. Allons, Rochegune, le couteau est chauffé à blanc... attachons-lui les mains.
—Par pitié, laissez-le,—m'écriai-je,—je n'assisterai pas à cette torture horrible. Mon ami, je vous en supplie, une telle vengeance est indigne de vous et de moi.
Après avoir un moment regardé M. Lugarto, qui à travers ses sanglots murmurait encore des prières et des supplications, M. de Mortagne lui dit:
—Grâce à cet ange de bonté, cette fois encore j'ai pitié de toi.
—Oh! votre main... votre main, laissez-moi baiser votre main!—s'écria M. Lugarto dans un élan de reconnaissance indicible, en se traînant à genoux jusqu'auprès de M. de Mortagne.
Celui-ci se retira vivement, le repoussa du pied et lui dit:
—Mais je te jure que si tu oses revenir en France, ce que je ne fais pas maintenant je le ferai alors; tu dois me connaître assez pour croire que je ne reculerai devant rien: moi et deux hommes déterminés, nous suffirons à cette exécution, et je saurai bien m'emparer de toi.
—Je vous promets de ne jamais revenir en France, tout est prêt pour mon départ, ma voiture viendra ici demain; au point du jour je partirai pour l'Italie; je voyagerai jour et nuit, jusqu'à ce que je sois sorti de France, je vous le jure,—dit M. Lugarto dont les dents se choquaient de terreur.
—Mathilde, mon enfant, vous avez besoin de repos,—me dit M. de Mortagne,—votre femme de chambre est là, vous n'avez plus rien à craindre. Venez, Rochegune va rester avec ce misérable. Demain, lorsque vous serez plus reposée, je vous dirai comment nous avons découvert le mauvais dessein de cet homme.
Je suivis le conseil de M. de Mortagne, je me retirai dans la chambre qu'on m'avait préparée.