Hélas! j'avais naturellement des principes trop arrêtés pour pouvoir trouver un milieu entre un blâme sévère et une approbation coupable...
Je condamnai Gontran.
Du moment je fus atterrée en m'apercevant que cette funeste découverte ne portait pas la moindre atteinte à mon amour pour M. de Lancry.
Je fus presque effrayée d'aimer toujours passionnément un homme capable d'une action si mauvaise.
Je pleurai amèrement sur sa faute; il m'était affreux de me sentir supérieure à lui, d'avoir non pas à lui reprocher, mais à lui pardonner... une bassesse...
Ce ressentiment devint si vif, si douloureux, que, par une étrange inconséquence que je puis à peine m'expliquer aujourd'hui, moi qui n'avais pu trouver une excuse honorable à son action honteuse, je fis tout au monde pour me persuader, par plusieurs analogies, que dans une situation pareille j'aurais agi comme Gontran.
Je ne saurais dire ma joie lorsque, après de longues, après de mûres réflexions plus paradoxales les unes que les autres, je me fus convaincue de cette sorte de complicité morale... Avec quel bonheur triomphant je reconnus que je n'avais plus le droit de blâmer Gontran!
Sans doute il y avait dans cet abaissement singulier de ma part une arrière-pensée de sacrifice, d'abnégation, dont alors je ne me rendais pas bien compte, et qui me guidait à mon insu....
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Lorsque je descendis dans le salon, j'y trouvai M. de Rochegune; il rougit et me dit que M. de Mortagne donnait quelques ordres pour mon départ.