Il comprenait ma gratitude comme j'avais compris sa bienveillance pour Gontran.
Un doux et triste sourire effleura les lèvres de M. de Rochegune; il me dit d'une voix émue:
—Il y a dans la vie de nobles jouissances, madame, le bien est trop facile à faire à ce prix...
Un silence de quelques minutes suivit ces paroles de M. de Rochegune.
J'en fus embarrassée; par hasard, je levai les yeux sur lui: son regard était vague et distrait, il semblait rêveur. Sa physionomie, ordinairement sévère et hautaine, avait une expression d'ineffable bonté. Ses cheveux noirs recouvraient à peine une cicatrice récente et profonde qu'il avait au front, et que j'avais déjà remarquée lorsqu'il était venu me voir pour la première fois après ma maladie.
Malgré moi, mes yeux se remplirent de larmes, en songeant que j'avais été la cause involontaire du guet-apens où était tombé M. de Rochegune en venant s'informer de mes nouvelles auprès de Blondeau. Voulant rompre le silence, je lui dis:
—Vous ne souffrez... plus de cette blessure que vous avez reçue?...
En entendant ma voix, M. de Rochegune tressaillit et se hâta de me répondre:
—Je ne souffre plus, madame.—Puis, comme si ce sujet de conversation lui eût été gênant, il me dit d'un ton pénétré:
—Toute ma crainte maintenant est que ce misérable Lugarto, quoique hors de France, ne se venge de M. de Mortagne.