—Comment cela?

—Ce matin cet homme est parti; M. de Mortagne a voulu le voir monter en voiture et lui faire une dernière recommandation...—Souvenez-vous...—lui a-t-il dit avec un geste menaçant.

—Pour votre repos, je ne me souviendrai que trop!!!—a répondu M. Lugarto; à quelque distance que je sois... je saurai vous atteindre.—Et après avoir montré le poing à M. de Mortagne, il a ordonné aux postillons de partir à toute bride... Oh! madame, il est impossible de voir quelque chose de plus hideux que la figure de cet homme au moment où il prononçait cette dernière menace: la haine, la vengeance, la rage s'y confondaient dans une horrible agitation.

—Grand Dieu!—m'écriai-je,—il est capable, même en pays étranger, de comploter quelque perfide machination contre M. de Mortagne; cet homme trouve dans sa richesse tant de ressources pour assouvir son infernale méchanceté!

—Je partage vos craintes,—me dit M. de Rochegune,—et malheureusement je suis obligé d'abandonner M. de Mortagne... Sans cela... j'aurais veillé sur ses jours comme sur ceux de mon père...

—Et où allez-vous donc, monsieur?

—En Grèce, madame, faire la guerre contre les Turcs. C'est une noble et sainte cause à défendre... Et puis j'ai besoin de mouvement, d'agitation...

—C'est, dit-on, une guerre souvent terrible, sans merci ni pitié...—dis-je à M. de Rochegune avec intérêt.

—C'est une guerre comme toutes les guerres, madame,—reprit-il avec un sourire mélancolique,—l'on tue ou l'on est tué... Seulement, dans celle-ci, l'on meurt pour une généreuse et héroïque nation... et cette mort est belle et grande.

—Ce sont là de tristes pressentiments,—lui dis-je,—ne vous y appesantissez pas. Moi, j'ai l'espérance, la conviction même que vos amis vous reverront.