—Heureuse,—reprit-elle, avec un accent qui devint presque subitement plaintif...—Heureuse? Oui, je suis heureuse;—et elle étouffa un soupir. Mais c'est à toi... qu'il faut parler de bonheur.

—Oh! oui,—m'écriai-je,—en ce moment surtout; tu ne sais pas combien je jouis du plaisir de te revoir, tu ne sais pas tout ce que j'attends de ces jours que je viens passer auprès de toi.

J'avais mis mon bras sous le bras d'Ursule, et nous cheminions vers la maison.

Cette habitation était assez grande; le jardin qui l'entourait, symétriquement disposé en carrés, en quinconces, et bordé de grandes allées de charmilles régulièrement taillées à l'ancienne mode française, avait un aspect calme et grave; au bout d'une de ces longues voûtes de verdure qui aboutissait à une terrasse, on apercevait la Loire.

—Tu trouves cette demeure bien provinciale, bien vulgaire, n'est-ce pas?—me dit Ursule.—Mais M. Sécherin, ou plutôt sa mère, ne veut y rien changer, sous le prétexte qu'elle était ainsi du temps de feu M. Sécherin père; ce qui n'empêche pas cette habitation d'être très-laide, comme tu peux le voir. Et cet affreux jardin français, ne dirait-on pas un jardin de couvent? comme il est triste et sombre!

—Mais non, tu calomnies cette maison, ma chère Ursule; je trouve ce jardin très-beau et très-noble, et puis vous avez, ce me semble, une terrasse sur les bords de la Loire; comptes-tu cela pour rien?

—Toujours indulgente et bonne, pauvre chère Mathilde.

—Non, vraiment, je t'assure que tout ici me plaît beaucoup. C'est si calme, si tranquille!

—Oh! pour du calme il y en a beaucoup; heureusement on n'entend pas le bruit étourdissant des machines de la fabrique de M. Sécherin.

—Ce sont ces grands bâtiments qu'on voit en entrant, n'est-ce pas? Mais c'est un établissement magnifique.