Ce jour devait être, en effet, un grand jour pour les curieux du café Lebœuf.
A huit heures, le domestique du colonel sortit seul; il revint environ une heure après en fiacre, amenant avec lui deux soldats d'infanterie.
—Tiens,—s'écria M. Godet, déjà placé à son poste d'observateur,—il est allé chercher la garde! C'est peut-être pour défendre son maître contre les deux jeunes gens. Il paraît que le Vampire n'est pas crâne.
—Si c'était la garde,—fit observer quelqu'un, les soldats auraient leurs fusils et leurs gibernes, tandis qu'ils n'ont que leurs sabres.
—C'est juste; mais alors à quoi bon des soldats, si ce n'est pour prêter main forte au Vampire?
La discussion en était là lorsque la porte de l'hôtel d'Orbesson s'ouvrit: le colonel en sortit enveloppé d'un grand manteau; il monta dans le fiacre avec les deux soldats.
La voiture partie, le vieux domestique, au lieu de rentrer aussitôt dans l'intérieur de la maison, selon son habitude, resta quelques moments sur le seuil de la porte en jetant un regard inquiet dans la direction de la voiture... puis il se retira et referma brusquement la porte...
Ces mouvements n'échappèrent pas aux espies du café Lebœuf; ils ne comprenaient rien à la conduite du colonel: où pouvait-il aller en compagnie de ces deux soldats?
La veuve fit observer qu'elle avait cru voir comme un fourreau d'épée sortir de dessous le manteau du colonel; mais elle n'osa l'affirmer.
—Comment, une épée? mais attendez donc, attendez donc...—dit M. Godet en se frottant joyeusement les mains,—mais vous pourriez avoir raison; il s'agit peut-être d'un duel avec ces deux godelureaux d'hier... Mais ça devient très-amusant... Nous en aurons pour notre argent! bravo!