—S'il y avait un duel,—s'écria la rancunière veuve,—je donnerais bien quelque chose de ma poche pour que ce grand ricaneur qui a fait tant ses embarras pour une malheureuse araignée, attrapât un bon coup de... n'importe quoi.
—N'ayant pas autrement à me louer de la politesse et de la reconnaissance de ces godelureaux, je me joins à vous pour leur souhaiter quelque chose de très-désagréable, ma chère madame Lebœuf. Pourtant s'il s'agissait d'un duel, il faudrait des témoins.
—Eh... ces soldats?...
—Allons donc, ma chère madame Lebœuf, le Vampire est colonel, il n'irait pas prendre pour témoins deux simples voltigeurs. Ce serait contre toutes les règles de la discipline. Ah çà! que diable vient encore faire ce domestique sur le seuil de la porte?—ajouta M. Godet en regardant à travers les carreaux.—Depuis que son maître est parti, voilà trois fois qu'il vient se planter là, droit comme un therme. Ceci n'est pas naturel, il se passe quelque chose, il a l'air inquiet... Si j'allais l'interroger?
—Le moment serait mal choisi, monsieur Godet,—dit la veuve;—ne vous exposez pas aux brutalités de ce vieux misérable...
—Silence!... silence!... j'entends le roulement d'une voiture,—dit M. Godet en collant de nouveau sa figure aux carreaux.
En effet, le fiacre revenait avec les deux soldats et le colonel.
Celui-ci sauta lestement de voiture, dit quelques mots aux soldats, leur serra la main et les congédia.
Madame Lebœuf affirma plus tard avoir vu une larme couler des yeux du vieux domestique lorsqu'il referma sur son maître la petite porte de l'hôtel.
Malheureusement pour les habitués du café Lebœuf, à ces deux journées si fécondes en événements, succédèrent des jours d'une monotonie désespérante.