—Ma mère... il ne faut pas abuser de votre position... Encore une fois, si vous avez des preuves contre ma femme, fournissez-les; la voilà... accusez-la. Si elle ne peut se défendre... si elle est coupable, je serai sans pitié pour elle... Mais jusque-là... ne l'insultez pas... Non... je ne souffrirai pas qu'on l'insulte devant moi...

—Entendez-vous? Il me menace... Mon Dieu! tu l'entends... il me menace dans la chambre où son père est mort...

—Mon Dieu! maman... maman... pardonnez-moi,—s'écria M. Sécherin, en se jetant aux genoux de sa mère et en saisissant sa main, qu'elle retira avec indignation.

Tout à coup ma cousine releva son charmant visage inondé de larmes.

Je la considérai attentivement. Pour la première fois, je m'aperçus de ce que je n'avais peut-être pas su remarquer jusqu'alors, c'est que ses yeux, quoique baignés de pleurs, n'étaient ni rouges ni gonflés; ils paraissaient peut-être même plus brillants encore sous les larmes limpides qui coulaient doucement, je dirais presque coquettement, si je les comparais aux sanglots amers et convulsifs de la véritable douleur.

Je compris seulement alors qu'on pouvait rester belle en pleurant; les traits les plus enchanteurs m'avaient toujours semblé défigurés par la contraction nerveuse du désespoir.

Au mouvement que fit Ursule en se levant, son mari se tourna vers elle.

—Mon ami,—lui dit-elle d'une voix ferme, digne, touchante,—jamais je ne serai un sujet de désaccord entre votre mère et vous; j'ai eu le malheur de lui déplaire, je me résigne à mon sort. Elle vous affirme que je suis coupable, elle vous l'atteste par un serment solennel; ne lui faites pas l'injure d'en douter... Croyez-la... Oubliez-moi comme une femme indigne de vous... Mathilde me ramènera chez mon père; vous resterez auprès de votre mère, et vous lui ferez oublier par votre tendresse le chagrin que je lui ai fait, hélas! bien involontairement.

Madame Sécherin regarda fixement sa belle-fille et lui dit durement:

—Croyez-vous que vous réparerez ainsi le mal que vous avez fait à mon fils? Il aurait pu épouser une femme digne de lui! Grâce à vous, le voilà seul maintenant et pourtant enchaîné pour la vie... Heureusement je lui reste... et je le consolerai de tout.