—Ah! ne craignez rien, madame, je le sens là,—et Ursule appuya ses deux mains sur son cœur,—dans peu de temps votre fils sera libre... Il pourra mieux choisir,—ajouta-t-elle avec un accent de tristesse lugubre, comme si sa tombe eût déjà été entr'ouverte.

M. Sécherin ne tint pas à ce dernier trait; il fondit en larmes; il était aux genoux de sa mère, il se retourna vers Ursule, saisit sa main qu'il couvrit de baisers en lui disant d'une voix entrecoupée:

—Ma pauvre femme... calme-toi... calme-toi... ma mère ne pense pas ce qu'elle dit... n'y fais pas attention, pardonne-la... Est-ce que je t'accuse, moi? est-ce que je peux vivre sans toi? est-ce que je ne suis pas sûr de ton cœur?

La douleur si vraie de cet excellent homme me toucha profondément. J'étais révoltée de la fausseté d'Ursule, mais que pouvais-je dire?

Madame Sécherin, voyant le brusque revirement de son fils, s'écria:

—Ainsi donc vous me sacrifiez à cette hypocrite? ainsi donc il suffit de quelques fausses larmes pour lui donner raison contre votre mère?

M. Sécherin se releva brusquement et répondit en se contenant à peine:

—Mais vous voulez donc me rendre fou... ma mère? Une dernière fois... avez-vous, oui ou non, des preuves contre ma femme?... Vous croyez que Chopinelle a fait la cour à Ursule, et qu'il l'aime, n'est-ce pas? Eh bien! moi, je ne le crois pas... Vous croyez que la lettre qu'il lui a écrite hier était une déclaration ou une lettre d'amour; eh bien! moi, je ne le crois pas... Vous dites que ma femme fera mon malheur; eh bien! moi, je vous déclare que jusqu'ici elle m'a rendu le plus heureux des hommes. J'ai d'innombrables preuves de l'affection d'Ursule, de son amour, de sa tendresse... Maintenant, pour l'accuser, il me faut des preuves, mais des preuves positives, irrécusables, de sa perfidie et de sa trahison... Jamais je n'aurais le courage de sacrifier mon bonheur à vos antipathies.

—Mais moi je saurai sacrifier le vœu le plus cher de ma vie au bonheur de votre mère, mon ami,—s'écria Ursule avec une dignité touchante.—Ma présence lui est importune. Eh bien! c'est à moi de m'éloigner... N'oubliez jamais que votre mère est votre mère!... Depuis votre enfance, elle vous a comblé de soins, de tendresse; moi, je vous aime depuis un an à peine; mon affection ne peut donc pas se comparer à la sienne... Si j'avais été assez heureuse pour vous avoir consacré de longues années, j'essaierais de lutter peut-être contre les injustes préventions de votre mère que j'aime, que je respecte. Mais, hélas! j'ai si peu fait pour vous, j'ai si peu de droits à faire valoir, que je subirai mon sort sans me plaindre... Adieu... adieu... et pour toujours... Adieu.

Ursule fit un pas vers la porte en mettant ses mains sur ses yeux.