Oui... il y a tant de puéril égoïsme dans la douleur; dès qu'on souffre, on se croit si intéressant, si digne de pitié, que, dans un désespoir insensé, l'on demande des sentiments humains à ceux mêmes qui vous blessent.
Ainsi, je me disais avec amertume:—«Comment Gontran et Ursule qui m'aiment tant... ne pensent-ils pas à moi dans ce moment? Rien de plus naturel cependant. Oui... et cela est si naturel qu'il faut qu'ils soient nécessairement sous le charme d'une vive préoccupation pour choisir un autre sujet d'entretien.»
Hélas! maintenant je rougis de ces sots raisonnements; mais je commençais à reconnaître que le chagrin n'est jamais plus intense, plus affreux, que lorsqu'il vous inspire des raisonnements absurdes et touchant au grotesque.
Les pas se rapprochèrent.
Il me sembla cette fois qu'Ursule et Gontran marchaient plus lentement, que de temps en temps ils s'arrêtaient.
Gontran disait d'une voix douce et suppliante:—Je vous en prie... cela, eh bien! cela.
Les pas s'arrêtèrent.
Ursule répondit avec un accent qui me parut très-ému:
—Vous n'y pensez pas, ce ferait trop pénible. Vous ne savez pas toutes les larmes que j'ai dévorées depuis que... Mais, tenez, je suis encore plus folle que vous, vous me faites dire ce que je ne voudrais pas dire... vous ne méritez pas...—ajouta-t-elle, et en parlant d'une voix précipitée en marchant si rapidement que la fin de cette phrase m'échappa...
Je me sentais défaillir.