Cette position était horrible.

Les plus violents soupçons me bouleversaient, et cela pour quelques lambeaux de conversation qui n'avaient d'autre sens que celui que ma jalousie insensée leur donnait.

Après ces terreurs venait le doute; puis une lueur d'espoir. En admettant qu'Ursule fût assez indigne pour tâcher de plaire à Gontran, et je pouvais le penser sans la calomnier: n'avait-elle pas déjà oublié ses devoirs pour un homme sot et vulgaire? en admettant, disais-je, cette indignité, lui!... lui, Gontran, à qui j'avais voué ma vie, à qui je n'avais donné jusqu'alors que de l'amour et du bonheur; Gontran pour qui j'avais déjà tant et tant souffert, aurait-il jamais le courage, la cruauté de m'oublier pour elle?...

Non, non, cela est impossible, m'écriai-je; je ne sors pas d'un abîme de chagrin et de désespoir pour retomber à l'instant dans un abîme plus profond encore.

Non, non, cela est impossible, Gontran est arrivé hier, il repart ce matin; il est impossible que dans un entretien d'une heure il ait voulu plaire, il ait plu à cette femme, et que déjà il songe à me tromper.

Ursule est bien audacieuse; mais la femme la plus éhontée garde des dehors. Et puis à ces lueurs d'espérances succédaient des doutes accablants. Tout ce que m'avait dit madame de Richeville du caractère égoïste et léger de Gontran me revenait à la pensée.

Ursule me paraissait du plus en plus séduisante et dangereuse. Si mon mari la rencontrait à Paris, sous le prétexte de notre amitié, ne pourrait-elle pas venir souvent chez moi?

Cette idée et les émotions que je contraignais depuis quelques moments me bouleversèrent tellement, que, sans penser que je dévoilais mon espionnage en sortant brusquement de la cachette où j'étais jusqu'alors restée, j'entrai dans l'allée.

Ursule et Gontran étaient très loin, à l'autre extrémité.

Je vis M. Sécherin venir à eux et les accompagner du côté de la maison.