Je comparai ce que j'étais avant mon mariage ou pendant notre bienheureux séjour à Chantilly, avec ce que j'étais en arrivant à Maran, et malgré moi je fus reprise de folles frayeurs.

Je me crus enlaidie, attristée, appauvrie; je me demandai s'il me restait assez d'avantages pour plaire à mon mari durant les longs jours que nous allions passer dans la solitude; puis cet entretien de l'allée, qu'un moment j'avais oublié, me revenait à la pensée.

J'en venais à exagérer mes imperfections, à dénaturer mes avantages, à envier l'esprit, le caractère d'Ursule, à envier aussi sa physionomie tour à tour animée, coquette, touchante, mélancolique ou naïve...

Sans orgueil insensé, je me savais plus régulièrement belle que ne l'était ma cousine, je me savais des qualités solides, un cœur loyal, une franchise à toute épreuve, un dévouement sans bornes pour mon mari, dévouement déjà éprouvé et qui n'avait jamais failli... Je ne pouvais douter qu'Ursule ne fût menteuse, dissimulée, qu'elle n'eût un profond mépris pour tout ce que révèrent les âmes honnêtes et élevées.

Eh bien! lorsque je pensais qu'elle plaisait peut-être à Gontran, je me prenais à regretter de ne pas ressembler à ma cousine...

Oh! sacrilége... j'allai jusqu'à dédaigner les vertus que j'avais, et à jalouser les vices que je n'avais pas.

Hélas!... hélas!... c'est qu'aussi les hommes ne savent pas qu'en affichant certaines préférences... ils dépravent souvent les plus fières, les plus généreuses natures... ils ne savent pas que lorsqu'on aime avec passion, avec délire, on veut plaire avant tout et à tout prix, et que, si vertueuse que l'on soit, on blasphème quelquefois les qualités les plus nobles comme inutiles et vaines, lorsqu'on se voit sacrifiée à des femmes qui n'ont pour séduire qu'hypocrisie, audace et corruption!.......

. . . . . . . . . .

Puis, comme toujours... après ces abattements, après ces humiliations impitoyables que je m'infligeais, venaient des exaltations toutes contraires, une réaction d'orgueil insensé.

Je me demandais en quoi ma cousine pouvait m'être comparée, quelles garanties de bonheur elle aurait pu donner à mon mari... Mais je retombais bientôt, écrasée sous le poids de cette horrible pensée—Qu'importe... s'il l'aime ainsi?.......