—Une scène? non, Gontran; non, je n'ai rien à vous dire, puisque depuis notre arrivée à Maran vous ne vous apercevez pas du contraste qui existe entre la vie que nous menons et celle que nous menions à Chantilly.

—Ah!..., nous y voilà!... Chantilly, encore Chantilly, toujours Chantilly! Vous n'avez que ce mot à la bouche comme un reproche. Mais savez-vous qu'à force de me parler ainsi de ce temps-là vous finirez par me faire prendre en grippe le souvenir de cette ravissante lune de miel?—Et il ajouta en riant de cette plaisanterie:—Que voulez-vous! ma chère, lune de miel, elle a vécu... ce que vivent les lunes de miel. Le vers n'y est pas, mais la pensée y est... c'est égal.

—Ah! Gontran... ne blasphémez pas les seuls heureux souvenirs qui me restent.

—Eh bien! alors ne me répétez pas toujours la même chose; sans cela je vous punirai de la sorte. Voyons... raisonnons en bons amis sans nous fâcher... Croyez-vous que je me sois marié pour passer ma vie à vos genoux, à vous roucouler des fadeurs? Vous n'êtes jamais contente. Si nous sommes dans le monde, vous êtes jalouse; si nous vivons seuls, ce sont des exigences à n'en pas finir. Cela devient impatientant... à la fin!—s'écria-t-il, ne pouvant pas se contenir davantage.

—Gontran, vous êtes sans pitié... Vous oubliez que j'ai déjà beaucoup souffert, que j'aurais droit à quelques ménagements.

—Ah mon Dieu! mon Dieu! quel caractère! Est-ce encore une récrimination? Voyons, dites-le franchement. Vous avez beaucoup souffert? Si c'est à cause de Lugarto que vous me dites cela, vous avez tort.

—J'ai tort!

—Certainement, je ne puis que vous répéter ce que je vous ai dit dans le temps à ce sujet. Si vous aviez eu l'ombre d'adresse, de sagacité, avec quelques banalités affectueuses vous nous en auriez débarrassés sans vous compromettre comme vous l'avez fait.

—Sans me compromettre, mon Dieu! Était-ce ma faute?

—Mais il n'importe! que ce soit votre faute ou non, vous avez été compromise, et c'est moi qui, tôt ou tard, en supporterai le ridicule.