—Rien, vous avez raison, Gontran... Je vous vois le matin à l'heure du déjeuner... puis le soir à table... quelquefois une heure ou deux le dimanche... lorsque vous me faites mettre au net votre livre de chasse.

—Eh bien! que voulez-vous de plus? ne faut-il pas que je sois continuellement pendu à votre côté? Croyez-moi, ces éternels tête-à-tête vous seraient bientôt d'un ennui mortel.

—Je vous avais demandé, mon ami, de monter à cheval avec vous; ainsi, j'aurais pu vous suivre quelquefois à la chasse...

—Bah! bah! vous êtes trop peureuse, ma chère amie; et puis il n'y a rien de plus embarrassant qu'une femme à la chasse: elle n'y prend aucun plaisir et empêche les autres d'en prendre. Si j'avais eu quelqu'un à qui vous confier... à la bonne heure; mais nous n'avons pas un voisin sortable: et d'ailleurs vous ne voulez voir personne; vous êtes une solitaire des plus farouches.

—Ce serait pour moi un grand plaisir de monter à cheval avec vous, mon ami; mais seulement avec vous...

—Alors, comme je vous le dis, c'est impossible... Êtes-vous fantasque, ma pauvre Mathilde... Vous ne voulez jamais que des choses déraisonnables.

—C'est juste, n'en parlons plus... je suis la plus heureuse des femmes... Mon bonheur doit me suffire.—Et je portai mon mouchoir à mes yeux.

Gontran avait trouvé fort naturelles et fort peu blessantes les réponses qu'il venait de me faire.

Il parut aussi surpris que contrarié de me voir pleurer.

—Ah çà! me dit-il avec impatience,—à qui en avez-vous? Nous sommes à causer là tranquillement, et vous voilà en larmes! Mais à propos de quoi? C'est donc une scène que vous voulez me faire?